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La carte de l'itinéraire en Birmanie

Récit du voyage en Birmanie




Le périple en Birmanie constitue un véritable voyage dans le temps ! Le pays est resté longtemps secret et fermé vis à vis de l’extérieur, et la vie quotidienne ne guère avoir changé depuis l’époque de Kipling et du livre de la jungle, les Anglais en moins, repartis vers Albion.

Le condensé de merveilles que recèle ce pays en fait l’une des contrées les plus belles du monde : la majesté de la plaine arborée de Bagan avec ces milliers de temples s’étendant à perte de vue jusqu’à l’horizon, les collines merveilleuses de Mandalay, la quiétude et l’immense poésie du lac Inlé, les marchés colorés et animés, la croisière nostalgique le long de l’irrawaddy …

Un enchantement permanent ! Mais à la différence de la Thaïlande voisine, il faut savoir prendre son temps si l’on veut découvrir ce pays en routard en utilisant les transports locaux (rudimentaires !)

Premières visions de la Birmanie en photos panoramiques :


La suite des panoramiques ...


Jour 1

13H51 : Survol des Alpes Suisses. Johnny ? C’est toi là –bas dans le blanc ?

Quelques photos vues d'avion


19H30 : Escale à Doha. Quatar. Décidément, ce que les nouveaux riches peuvent manquer de goût ! A Paris, Milan ou Doha, ils trimballent toujours leur même panoplie : gourmette en or, lunettes de soleil Zoby la mouche et (très important !) le téléphone portable dernier cri avec lequel ils s’éternisent dans de bruyantes logorrhées verbales.

Jour 2

6H31 : Heure de Rangoon. L’avion a largement entamé sa descente et nous survolons déjà les faubourgs de « la ville aux milles pagodes ». Derrière le hublot , la nuit encore bien noire s’éclaircit par l’Ouest. En dessous de nous, quasiment aucune lumière n’est visible. Une lueur de ci de là, mais rien de plus. La capitale birmane, 6 millions d’âmes, est entièrement plongée dans l’obscurité. Symbole d’un pays maintenu dans la nuit par la dictature ? Seul le dôme doré du Shwedagon brille au loin.

10H20 : Première déambulation matinale dans Rangoon. Passage devant une station service avec un nombre impressionnant de voitures qui font la queue pour faire le plein, pare –choc contre pare –choc (au moins 50 !). Nous apprendrons plus tard que l’essence est rationnée (pour raisons politiques et non économiques) : chaque Birman ne peut pas prendre plus de 10 litres d’essence par semaine et ne peut se ravitailler que dans une seule et unique station service déclarée à l’avance. Une façon d’assigner tout le monde à résidence. Pas étonnant de voir les bus pleins à craquer !

Les transports en commun locaux ...


11H30. Toujours en ballade dans Rangoon. Il y a quelques chose de curieux dans cette ville qui ne ressemble à aucune autre capitale asiatique. Quelque chose qui manque … mais quoi ? ? ? Au bout d’un long moment de cogitation, l’explication saute aux yeux ! Pas un seul vélo en circulation dans toute la ville, pas une seule mobilette non plus. Seules circulent quelques voitures, ultra modernes pour la plupart. Celles des hauts fonctionnaires et des VIP du régime ? Nous apprendrons plus tard que la circulation en deux roues est totalement interdite dans Rangoon. Pourquoi ? Ceci, nous ne le saurons pas ...

Photos de la capitale Rangoon, entre traditions et modernité


Les faubourgs de Rangoon sont très luxuriants :


17H40. Coucher du soleil au sommet du mont Singuttura, sur le site majestueux du Swedagon : une pagode gigantesque dominée par grand stupa de 100 m de haut qui scintille de tous ses ors. Il s’agit du sanctuaire Bouddhique le plus sacré du pays. Les anciens colonisateurs britanniques ont souvent dit qu’il y avait plus d’or sur le Swedagon que dans les coffres de la banque d’Angletterre. En effet ! Quel spectacle éblouissant ! Entièrement recouvert de feuilles d’or étincelantes au soleil, son sommet est un véritable feu d’artifice de pierres précieuses : 5448 diamants, 2 317 rubis, saphirs et topazes, le tout coiffé d’une énorme émeraude. The Queen n’a qu’a bien se tenir.

La nuit tombe progressivement sur la Pagode Swedagon à Rangoon


Le grand stupa doré du Swedagon à la tombée de la nuit :


JOUR 3

5H00 : Il est 5 heures, Rangoon s’éveille. La sonnerie du téléphone de l’hôtel qui tient lieu de réveil est vraiment horrible. Est ce vraiment une heure pour se lever lorsque l’on est en vacances ? :0P. Heureusement qu’il y a des nouilles sautées délicieuses pour le petit déjeuner. Une grosse plâtrée de nouilles sautées dès le petit déjeuner, vous avez déjà essayé ? Hummm ce petit mélange sucré / salé est délicieux. Et puis rien de mieux que des sucres lents pour entamer la journée. Même H** a délaissé en fin de voyage les traditionnels toasts – confitures pour les fried noodles.

9h15. Ouf. Nous atterrissons saint et sauf à Mandalay. Je n’ai –en principe – pas peur en avion. Mais les lignes intérieures birmanes … Enfin hormis un décollage un peu brusque et un atterrissage péchu, c’était plutôt tranquille. Nous traînons sur le chemin qui sépare l’aéroport de la ville de Mandalay en arpentant de petites routes de campagne. L’activité agricole y est intense : labourage, pâturage, tamissage des graines de tournesols. Pause photo pour prendre une « jolie charrette avec des zébus ». Regards amusés des birmans. Ils doivent penser de nous « Il faut vraiment qu’ils s’ennuient ses peaux blanches pour faire des milliers de kilomètres pour venir photographier nos vaches dans notre trou paumé ». Moi j’ai toujours été citadin, est –ce une circonstance atténuante ?

10H30. Arrêt ravitaillement dans un petit marché de campagne. C’est extrêmement propre et malgré la foule dans les allées, les gens ne se bousculent pas et n’élèvent pas la voix (c’est pas comme le marché de Crimée chez nous !).

Scènes de la vie quotidienne Birmane
15H15. Colline de Sagaing. Nous arrivons enfin en haut de l’escalier en pierres de 700 marches. En haut, panorama époustouflant à 360° sur la plaine et les collines environnantes : des centaines de monastères, d’innombrables temples, stupas et grottes ont été élevées depuis 2000 ans à la gloire du Gautamana Bouddha. Des milliers de moines vivent dans ce décor d’Arcadie que festonnent d’interminables escaliers qui font passer à des myriades de petites murailles de Chine. Au loin, on aperçoit les rives du grand fleuve Ayeyarwady frangées de bougainvilliers, de tamarins, de frangipaniers et de manguiers. On resterait des heures à contempler le paysage de cocagne.

17H50. Fin de journée sur le pont U Bein, une passerelle branlante en bois de Tek de 1200 m de long enjambant le lac Taungthaman. La lumière du soir est magnifique et les eaux du lac sont calmes comme une mer d’huile. De nombreux pêcheurs terminent leur journée. Moines, villageois rentrant des champs et promeneurs du dimanche se croisent sur la passerelle.

La colline de Sagaing et le pont U bein


18H15. Coucher de soleil sur le lac Taungthaman depuis le pont U Bein


JOUR 4

9H20. Déambulation dans les rues en damier de Mandalay, la deuxième ville du pays avec près d’un million d’habitants. Nous passons devant le Swenandaw Kyaung, superbe monastère de bois et dernier vestige de la « cité dorée » du roi Mindon détruite dans les bombardements de la seconde guerre mondiale. La survie de ce temple est le fruit d’une histoire originale : le roi Mindon y rendit l’âme en 1878 et son fils, pensant que le fantôme de son défunt père hantait l’édifice le fit démonter et reconstruire à l’extérieur du palais royal. Ainsi isolé et caché dans la forêt, l’édifice survécu aux destructions de la guerre.

11H30. Dans le sanctuaire du légendaire Mahamuni (« grand sage ») abritant la statue du bouddha la plus vénérée du Myanmar. Selon la légende, cette statue aurait été façonnée du vivant du Gautama Bouddha lors de son passage dans la région. Représentant le Bouddha en médiation, elle serait donc extrêmement ressemblante au vrai visage du Bouddha.

Nous nous approchons jusqu’aux pieds de la statue (ah le privilège d’être un homme . l’approche du Bouddha étant interdite à la gante féminine !). Si les contours du visage sont restés intacts et d’une grande élégance, le reste du corps est tout boursouflé et difforme, comme si le Bouddha avait été piqué par un essaim d’abeilles ou était devenu complètement obèse. En fait, les pèlerins n’ont de cesse (7 jours sur 7, depuis des décennies) de coller des petites feuilles d’or sur le corps du Bouddha afin d’acquérir des ‘mérites’ (conditions pour une meilleure réincarnation dans une existence future). Avec le temps, le corps du bouddha disparaît progressivement sous cet amoncellement de feuilles d’or. D’ici 10 ans, il y a des chances qu’il ne ressemble plus qu’à un énorme bonhomme de neige : une petite tête et une grosse boule en guise de corps.

Temples de la ville de Mandalay


15H00. Embarquement au port de Mandalay. Nous prenons un petit bateau qui nous amène de l’autre côté du fleuve Ayeyarwady. Activité bouillonnante aux abords de l’embarcadère et forte odeur de poisson (âmes sensibles, retenez votre respiration! ! !)

16H00. Après une heure de navigation, nous arrivons en vue de la gigantesque pagode inachevée du roi mégalomane Bodawpaya. Ce roi tyrannique qui régna sur la région à la fin du 18ème siècle s’était mis en tête de construire le plus haut monument bouddhique du monde. L’édifice devait dépasser les 160 m de hauteur. Pour mener à bien ce projet pharaonique, le tyran n’hésita pas à faire venir des milliers d’esclaves des quatre coins du pays. La cruauté du roi était telle que certains prophétisaient qu’un grand malheur s’abattrait bientôt sur le royaume. Un grand tremblement de terre au début du 19ème siècle fissura le monument et fit s’effondrer la terrasse supérieure sur le bas de l’édifice, ensevelissant à jamais les trésors que le roi y avait mis. Les travaux s’arrêtèrent tout net et ne reprirent jamais. Ne reste aujourd’hui que le « plus grand tas de briques du monde ».

De jeunes hommes jouent au foot avec un ballon en bois de palme aux pieds de la pagode en ruines. "Where 're you from?" "France" "Ho yes ... Zizou, Zizou". "yes yes Zizou (soupir)". Aaaaah, l'image de la France dans le monde !

La pagode de Bodawpaya dans les environs de Mandalay


18H00. Chemin de retour le long du fleuve Ayeyarwady dans la lumière du soleil couchant, escorté par les barques des pêcheurs finissant leur journée.

Coucher de soleil sur le fleuve Irawady en rentrant sur Mandalay


19H30. L’eau de la piscine de l’hôtel est vraiment trop froide. Sniff :0(

20H30. Délicieux Gambas en guise de Dîner.

JOUR 5

5H30. Dur dur le réveil

7H00. Les amarres sont larguées et le bateau à vapeur quitte le petit port de Mandalay. Le soleil se lève à peine. Nous prenons nos quartiers au sommet du troisième ponton pour profiter du paysage à l’air libre. Un groupe de vieux italiens désagréables s'est déjà arrogé les quelques fauteuils en osiers disponibles. C’est partit pour une journée de navigation vers le sud le long du fleuve Ayeyarwady. Les paysages du début de journée sont très beaux : nous repassons du côté de la colline de Sagaing (Cf. jour 3) mais côté fleuve cette fois. Puis les paysages deviennent bien plus monotones et le soleil commence à cogner fort. Nous trouvons un petit coin d’ombre pour le reste de la croisière. « L’iguane » (pseudo trouvé par H*, très fort en pseudo) préfère continuer de griller au soleil (nous reviendrons prochainement sur les personnages haut en couleurs de l’Iguane et autres con –sœurs).

11H10. Escale ravitaillement. Envie d’une grappe de bananes ? Il suffit de jeter à l’eau un billet de mille Kyets et le vendeur de bananes vous envoie votre grappe par un grand lancé jusqu’au 2ème ponton. Pas besoin de descendre du bateau, transaction express garantie. Heureusement que les Birmans mangent les fruits plutôt verts et fermes plutôt que bien mûrs. Cela évite de voir ses bananes écrasées sur le ponton en cas de mauvaise réception.

La croisière fluviale sur l'Irrawaddy entre Mandalay et Pagan
15H50. Le temps commence à être un peu long à bord. Vivement l’arrivée. …

17H00. Les pagodes de Bagan en vue !

18H00. Arrivée à l’hôtel au moment du coucher du soleil. De la grande terrasse restaurant de l’hôtel, un panorama grandiose s’ouvre sur la vallée de l’Ayeyarwady. Le cadre est trop beau alors une fois n’est pas coutume, une p’tite Myanmar Beer…

Le coin buvette de l'Hotel de Pagan ! hummmm


19H00. Pataugeage dans la piscine en plein air de l’hôtel, entre les Stupas ruiniformes et les bougainvilliers en fleurs. Au-dessus de nos têtes, la ceinture d’Orion brille d’un bel éclat dans la nuit. Quel plaisir de se baigner en plein air avec au-dessus de soi le ciel étoilé d’hiver. demain découverte de Bagan, la 8ème merveille du monde !

JOUR 6

6H30 : Bagan !!! Bagan est sans conteste le site archéologique le plus remarquable de toute l’Asie du Sud –Est, à égalité avec les temples d’Angkor au Cambodge. Pas moins de 13 000 temples, pagodes, stupas et Kyaung et autres édifices religieux ont été construits dans cette vaste plaine de l’Ayeyarwady entre l’an mille et les invasions mongoles de la fin du 13ème siècle. En montant sur les terrasses suspendues du Shwesandaw, on surplombe dans une panorama à 360° la plaine hérissée à perte de vue d’édifices ocres, roses et blancs. Si la plaine de Bagan se trouvaient sur l’une des grandes routes touristiques d’Asie, elle serait aussi célèbre en Occident que la Grande Muraille de Chine ou le Taj Mahal d’Agra.

La plaine de Pagan vue depusi un Stupa central


7H00. Nous enfourchons nos vélos. Pratique et rigolo le système de clés / cadenas intégré au vélo.

8H30. Lors de la traversée du nouveau Bagan (la ville nouvelle à proximité des ruines archéologiques), notre attention est attirée par une musique tonitruante. Nos stoppons nos vélos et nous approchons de ce qui ressemble à une grande fête populaire : d’immenses tambouilles de soupes entrain de mijoter, des centaines de kilos de riz attendant d’en d’immenses amphores et prêts à être servi aux convives. Au cœur de la fête, une cérémonie de « Noviciat » : des jeunes enfants et adolescents s’apprêtent à devenir Bonzes et vivre en monastère pour une période de temps plus ou moins longue. C’est la grande fête initiatique bouddhique, l’équivalent lointain d’une communion ou d’une bar-mitsva. Pour l’occasion, les jeunes garçons sont complètement ripolinés des pieds à la tête, rouge à lèvres, robe de satin rose, multiples bijoux… Manifestement, la virilité masculine n’est pas tabou ici et est en tout cas très éloignée de nos standards occidentaux.

Scènes de la vie quotidienne dans le village de New Bagan


13H30 Après un repas de délicieuses nouilles sautées et un rafraîchissement express dans la piscine, nous reprenons nos vélos. J** nous accompagne en mobilette. Son conducteur est très charmant et nous sert par la même occasion de guide. Il nous montre les fabuleuses peintures cachées de l’Ananda et nous emmènent pour le coucher du soleil dans un endroit magnifique et secret - donc préservé des foules touristiques toutes agglutinées en haut du Swesandaw.

Promenade à Vélo entre les inombrables pagodes de Bagan


16H10. Nous continuons de flâner à vélo sur les innombrables sentiers de la plaine de Bagan, et savourons la totale liberté que nous apporte ce moyen de locomotion.

Des stupas, encore des stupas, toujours des stupas !!!


18H10. Coucher de soleil sur la plaine de Bagan depuis un endroit we keep it secret (yes yes I know we are elitist.)



JOUR 7

8H00. Promenade matinale dans les allées du marché de Nyaung U. Il règne une intense activité entre les étals multicolores de légumes. Je suis incapable de citer la moitié des fruits et légumes exposés sous mon nez. Humm, je me laisserais bien tenter par ces espèces de crêpes en forme de Donuts qui sont en train de frire juste à côté.

11H00. Un trou dans la végétation laisse entrevoir pour la première fois l’éperon rocher du mont Popa, un volcan éteint qui domine la plaine de Bagan du haut de ses 1520 m. Les cendres volcaniques ont fertilisé ses abords, favorisant la croissance d’une végétation luxuriante.

Au pied du mont Popa, visite du panthéon des Nats. Kitschissime ! Quelques explications : Le bouddhisme en Birmanie s’est superposé aux pratiques animistes des tribus des collines. Ce syncrétisme est illustré par le culte particulier que les birmans vouent depuis toujours aux Nats, les innombrables génies qui vivent en eux ou qui hantent l’espace. Les Nats ont des pouvoirs surnaturels et peuvent prendre des apparences diverses. Ils abritent les cours d’eau et les lacs, les forêt et les montagnes, les nuages, la brume, le vent, la lune et les étoiles. Chaque Nat a son costume et sa légende. Chose très curieuse pour notre regard d’occidentaux, les Nats prennent généralement l’apparence d’hommes « virils » habillés dans des costume de reine de la nuit. Très transgenre. Definitively Queer.

Des allées du marché de Nyaung U au Mont Bopa


11H30. Nous nous engageons dans le long escalier de 750 marches qui mènent à flanc de précipice jusqu’au sommet du mont Popa. L’escalier est complètement envahit de petit singes plutôt hargneux. Ils se battent entre eux comme des chiffonniers, bondissent de marches en marches et montrent les dents dès qu’ils croient déceler de la nourriture entre nos mains. Au sommet, la plaine brumeuse s’étend à perte de vue.

Le mont Popa : l’Olympe Birman


15H00. Retour dans le cœur de la plaine de Bagan. Nouvelle vadrouille entre les stupas ruiniformes. Au coucher du soleil, les édifices millénaires s’embrasent à nouveau dans de magnifiques couleurs rouges et ocres.

Retour sur Bagan en fin d'après midi, lorsque le soleil couchant embrase les Stupas


Lumières de fin de journée sur la plaine de Bagan :






Vidéos à 360° de la pliane de Bagan :





21H30. Tentative d'envoi d'e-mail. Pas évident dans ce pays complètement verrouillé. Grosse frustration. :0(

JOUR 8

7H30 Départ pour l’aéroport de Bagan. Nous allons prendre un petit coucou intérieur qui nous amènera jusqu’à Hého, petite bourgade lovée dans les montagnes de l’est ; là où la forêt tropicale luxuriante rencontre les premiers contreforts de l’Himalaya. La distance entre Bagan et Hého n’est pas si grande que cela (450 km environ). Mais l’état de la route est tel qu’il faudrait au moins 24 h pour faire le trajet entre les nids de poules.

12H10. Le soleil cogne fort sur le plateau de l’état Shan. Nous croisons sur la route de charmantes petites fermes (Laura Ingalls es –tu là ?) et des camionnettes surpeuplées. C’est ce moment que choisit notre bus pour nous lâcher sur la petite route bucolique qui nous mène de Hého à Pindaya. Le coup de la panne ! Le moteur a eu un gros coup de chaud. Le chauffeur repart en mobylette dans la ville précédente pour chercher des pièces de rechange. Nous profitons de cet imprévu pour marcher un peu dans les rizières environnantes. Pour éviter un coup de chaud, H** emprunte 1 des 7 chapeaux de Miss Greedy (la Miss en question étant une vraie « hardcore shopping bitch » © lapotiche ; nous développerons ce point plus tard). Photo de happening sur demande. :)

14H45. Nous arrivons enfin à Pindaya où nous nous jetons sur un délicieux plats de Fried Noodles (vous trouvez vraiment que je ne pense qu’à manger ?). Depuis le restaurant, une superbe vue sur le lac de Pindaya

16H00. En route pour la « grotte des 8 000 bouddhas ». Nous sommes à quelques jours de la pleine lune et une immense fête bouddhique est sur le point de commencer. Beaucoup de monde y est attendu. En attendant les convives, des montagnes de pastèques commencent à s’entreposer sur les étales.

16H45. Nous arrivons à l’entrée de la grotte des 8 000 bouddhas. Une immense araignée en plastique garde l’entrée. La genèse de la grotte s’explique par une légende de gentille princesse maintenue prisonnière par une très très vilaine araignée qui finira transpercée par le glaive d’un magnifique prince charmant. Une fois à l’intérieur de la grotte : Ouaaaaaah ! Des milliers de Bouddhas dorés, de toutes tailles entreposés un peu n’importe comment et n’importe où, entre les stalactites et les stalagmites. Le tout forme un immense labyrinthe où l’on a vite fait de perdre son chemin. Magnifique en tout cas.

Sur la route du village de Pindaya et de la grotte aux 10 000 Buddhas


20H00. Dîner dans la salle de réception stalinienne de l’Hôtel.

JOUR 9

Premier jour de Trek dans les montagnes de l’Est !

7H00. Promenade matinale sur le marché de Pindaya. Moines et femmes Pa-o en tenues traditionnelles se croisent sans se bousculer le longs des allées colorées par les myriades de fruits et légumes tous différents. Nous faisons quelques provisions en vue du trek de 3 jours que nous commençons aujourd’hui : bananes, gâteaux secs au sésame …

Le marché de Pindaya


8H30 Début du trek. Nous quittons la majestueuse allée bordée de banyans pour nous engouffrer dans la forêt tropicale. Nous entamons la montée à flanc de montagne, « la pente est forte mais la route est droite ». Le chemin serpente ensuite dans une forêt de bambous où la fraîcheur est bien agréable.

En vélo de bon matin, sur la route de la fête de la grotte à Pindaya


11H00. Petite pause case –croûte à l’entrée d’un petit village de montagne. Nous sommes juste à côté de l’école élémentaire, et les rires des enfants que nous entendons nous indiquent que c’est l’heure de la récréation. L’occasion d’échanger deux trois mots d’anglais avec l’institutrice et de découvir la salle de cours.

L'heure de la récréation dans la petite école d'un village montagnard


13H00. Une ferme reconvertie en « table d’hôtes » nous accueille pour le déjeuner. Au menu, de délicieux Tofu et ….. des fried noodles ! (on ne s’en lasse pas)

Trekking dans les montagnes de Birmanie


17H00. Arrivée dans le monastère du village où nous passerons la nuit. Le cadre est spartiate mais néanmoins confortable. Les hommes ont la place privilégiée à droite du bouddha. Le groupe commence déjà à pioncer (*voir le premier commentaire à ce post)

JOUR 10

Suite du Trek dans les montagnes de l'Est ...

6H00. Le soleil n’est pas encore levé mais nous n’avons plus sommeil. A se coucher comme des poules, on se lève comme des poules … Le froid s’est abattu dans la nuit dans la grande pièce du monastère où nous avons dormi. Il ne doit pas faire plus de 5°C au petit matin et même sous les tropiques, il fait encore frisquet dans les montagnes en février. Encore emmitouflé sous mes trois couvertures épaisses je me mets en mode MP3 et je regarde par la fenêtre du monastère la forêt enveloppée dans la brume :

Le royaume du Tigre


H** va de son côté faire un petit tour matinal dans le village encore noyé dans le brouillard et se protège du froid en se mettant sur la tête une épaisse couverture blanche. Je vous dis pas la scène : un fantôme tout blanc et de grande taille jaillissant du brouillard et venant cueillir les villageois au petit matin. Sur son passage, un volet claque « au secours ! c’est le retour du Nat – le grand seigneur pâle du plein Nord -»

11H00. Le sentier serpente entre les collines verdoyantes, les forêts de bambous géants, les plantations de thé et les mandariniers. Dans les creux des vallées ou à l’orée des clairières ; des petits villages vivent coupés du monde en quasi-autarcie. Zébus, buffles et cochons chinois.

12H30. Nous nous arrêtons pour le déjeuner dans un village qui domine la plaine. Juste à côté, une petite école en récréation. L’instituteur est ravi d’échanger quelques mots avec nous.

16H00. Nous marchons pendant deux bonnes heures sur un superbe sentier en corniche qui surplombe toute la vallée. Les lumières changent au gré de la descente du soleil. Le coucher du soleil est, une fois de plus, superbe.

De villages en villages dans les montagnes de Birmanie


17H30. Rebelote. Le reste du groupe épuisé par la randonnette du jour (à moins que ce ne soit par ses interminables jacasseries) commence déjà à pioncer. Avec H** et J**, on se fait un petit apéro : ca’houètes, chips et myanmar beer. Le moine qui nous héberge dans son monastère nous fait de grands sourires et l’on voit qu’il aimerait bien discuter avec nous. Mais il ne parle pas anglais et nous ne parlons pas birman. Dommage !! Notre guide n’est plus là pour nous servir d’interprète : elle a du redescendre dans la vallée avec « cette-pauvre-marie-agnès » qui a fait un petit malaise lors de la randonnette.

JOUR 11

8H00. Fin du petit déjeuner au soleil levant dans le monastère de la montagne de Pindaya. Nous redescendons dans la vallée par un chemin bordé de bambous géants. La brume bleue du matin dessine dans la montagne une succession de crêtes altières.

10H15. Le paysage change radicalement. Les montagnes recouvertes de forêts luxuriantes ont laissé la place à une plaine colorée dans de subtiles variations de rouge et d’ocre. Le climat y est beaucoup plus sec et l’on croise même sur notre route un petit scorpion noir. Aaaargh.

11H40. Nous ressortons sain et sauf d’une grotte sombre et glissante avec un précipice. De vrais aventuriers nous sommes ! Le chemin s’élève à nouveau à flanc de montagne. Nous découvrons une vie champêtre animée, dans un paysage de rizières, de culture de thé et de mandariniers. En contrebas, des buffles piétinent dans une rizière asséchée, technique ancestrale qui permet de ramollir la terre avant de la labourer.

14H00. Après avoir franchi le col de la montagne, nous empruntons un chemin en corniche avec une vue magnifique sur une multitude de pics émergeant d’une brume épaisse. J’entame une discussion en anglais avec le charmant guide qui nous escorte pour cette dernière journée de trek

Retour dans les plaines et fin du Treking à Kalaw


17H00. Nous arrivons finalement à Kalaw, le « Mégève birman » : une ancienne ville thermale construite dans les montagnes par les colonisateurs britanniques et aujourd’hui le point de chute de la jeunesse dorée de la nomenklatura du régime. Petite bière du soir avec H* dans un petit bar (le premier que nous trouvons depuis le début de notre voyage !) à la déco de type saloon.

18H00. Nous prenons nos quartiers dans un hôtel « vétuste mais charmant ». On se croirait presque dans le Kent. Très british.

22H30. Nous retournons au petit bar du coin avec H** et J** pour y déguster un whisky birman « grande réserve ». Pas si mal que cela.

JOUR 12

11H00. Nous approchons du lac Inlé. Les rizières commencent à être de plus en plus entrecoupées de multiples canaux. Des maisons sur pilotis apparaissent peu à peu. Petite halte pour découvrir le monastère en bois de Shwé Yan Pyay et le palais des miroirs.

14H00. Le lac Inlé ! ! ! Un immense plan d’eau de 160 km2 cerné de toute part par des montagnes verdoyantes. Un petit air de lac Italien...Une multitude de pêcheurs sillonnent le lac dans leur petite embarcation avec une technique de pêche très originale : debout à l’extrémité de leur barque, ils scrutent les profondeurs du lac tout en ramant avec une seule main et une jambe. Dès qu’un poison est en vue, la main restée libre saisie un filet qui vient s’abattre sur le poisson ainsi pris au piège.

16H00. Après avoir traversé le lac dans quasiment toute sa longueur, nous arrivons à notre hôtel : de petits bungalows sur pilotis en plein milieu d’une baie paradisiaque.

Scènes de la vie quotidienne sur les rivages du lac Inlé






17H00. Plutôt que de se reposer à l’hôtel, nous préférons nous balader sur les rives du lac et nous rejoignons la terre ferme en empruntant un long ponton de bois. Promenade dans les rizières verdoyantes à la lumière du soleil couchant. C’est l’heure pour les villageois de laver leurs buffles dans les petits canaux d’irrigations. Et manifestement, ces grosses bêtes adorent ça ! Sur le chemin du retour, une famille nous invite dans leur maison pour boire le thé et manger quelques fraises. Adorables.

Ballade en toute liberté sur les rives verdoyantes du Lac Inlé


JOUR 13

5H30. Les oiseaux migrateurs présents par milliers sur le lac Inlé entament le chant du petit matin. Dehors, le ciel commence à s’éclaircir peu à peu et les crêtes des montagnes qui enserrent le lac se découpent de plus en plus nettement. Petite promenade le long des pontons sur pilotis en attendant le lever du soleil. La présence d’une bouilloire et de sachets de thé dans la chambre rend possible le service d’une petite infusion. Car il fait bien frais au petit matin (le lac Inlé est à presque 1 000 m d’altitude).

Le lever du soleil sur le lac Inlé




11H00. Promenade en bateau dans les nombreux villages sur pilotis qui bordent les rives du lac. Sourires généreux des habitants que nous croisons sur leurs embarcations au gré de notre navigation. Passage obligé par quelques échoppes pour touristes : il faut bien faire marcher l’économie locale ! Pêcheurs, riziculteurs et maraîchers, les Intha qui peuplent les rives du lac Inlé sont aussi forgerons et orfèvres, menuisiers-charpentiers et potiers. Ces multiples talents on fait de cette ethnie l’une des plus riche de Birmanie, et la seule qui assure son auto –subsistance.

14H00. Nous assistons à la grande fête de la plaine lune dans le village de Ma Gyi Gone sur les hauteurs du lac. Plusieurs centaines de moines se sont réunis pour recevoir les offrandes de tous les villageois de la région. La procession dure deux bonnes heures. Les femmes Intha ont revêtu leur belle tenue indigo dont la sombre harmonie est uniquement coupée par un turban coloré drapé sur la tête (une serviette éponge en général) et un sac haut en couleur.

La grande fête de la plaine lune dans le village de Ma Gyi Gone


17H30. Promenade en bateau dans les jardins flottants du lac Inlé (vous connaissez les hortillonnages d’Amiens ? C’est un peu l’idée mais en plus exotique). Au fil du temps, l’accumulation de débris végétaux et de sédiments sur les berges du lac a produit une couche d’humus de 90 à 120 cm d’épaisseur, plus légère que l’eau. Ces îles flottantes sont découpées à la scie en bandes de 100 m de long sur 2 à 10 m de large que les paysans achètent à l’état et qu’ils remorquent ensuite jusqu’à leur maison pour les cultiver. Les jardins sont ancrés au fond du lac au moyen de perches en bambou puis couverts de boue puisée à l’aide d’écopes à long manche avant d’être ensemencés. Dans ces îles particulièrement fertile pousse une multitude de fruits et légumes : aubergines, tomates, choux, concombres, haricots, pois, piments, oranges et fleurs …

22H30. Aaaaaah le clair de lune sur le lac Inlé …..

Promenade en pirogue sur le lac Inlé en fin de journée


JOUR 14

7h00. Nous embarquons aux premières lueurs de l’aube pour nous rendre au village lacustre et marché flottant d’Ywama sur la rive sud du lac Inlé. Des poissons éclatants à la lumière du soleil, des étales de fruits multicolores, des bibelots artisanaux (Miss Greedy y achètera t –elle son 8ème chapeau chinois ?) … mais toujours pas de fourmis rouges à déguster. Je commence à croire que nous repartirons du pays sans en avoir dégusté !

10H30. C’est l’heure de la toilette des buffles sur les rives du lac !

11H00. Nous visitons notre 74ème pagode du voyage, passons devant notre 247ème statue de Bouddha et shoppinguons dans notre 143ème échoppe. Mais bon, c’est à chaque fois « différent et pas pareil ».

En direction du village d'Ywama


15H00. Nous visitons la pagode des barges royales de Phaung Daw U. Au centre de la pièce principale trônent 5 petits bouddhas … enfin ce qu’il en reste ! Avec le temps, les statues ont été recouvertes de si nombreuses feuilles d’or qu’elles ressemblent maintenant plus à des gros pâtés d’or ou à des sculptures contemporaines qu’à des effigies antiques (Cf. photos en bas à droite).

Scènes de la vie quotidienne sur le lac Inlé


18H00. A nous les sources d’eau chaude ! Le flanc des montagnes se jetant dans le lac Inlé est parcouru de quelques sources d’eau chaude dont la température avoisine les 65°C. Après toute une journée passée en bateau sous le soleil du lac Inlé, nous nous prélassons dans les grands bassins d’eau chaude… et les moustiques se régalent. Pour les bassins, il y en a pour tout les goûts : du bain tiède au bain vraiment bouillant dans lequel on ne peut pas rester bien longtemps. Seul H* a le courage de s’y baigner (on reconnaît les habitués du Japon)

Une famille de pêcheurs à la tombée du jour sur le lac Inlé


19H00. Fin de la baignade. Il fait déjà nuit et nous nous préparons psychologiquement à marcher 1H30 dans l’obscurité sur une petite route de forêt pour retourner à notre hôtel sur pilotis au bord du lac. Cette longue marche était le prix à payer pour profiter de la baignade. C’est alors qu’un pick –up allant dans la même direction nous propose de nous prendre en stop. Quelle gentillesse ! Les 1H30 de calvaire de marche dans la nuit se transforme en promenade motorisée d’une quinzaine de minutes.

22H00. Nous cherchons désespérément avec H* et J* un endroit ‘convivial’ pour boire un petit Whisky Birman après le dîner. Sans Succès. Les bars sont encore une denrée rare dans ces lointaines contrées !

JOUR 15

7H00 : L'heure du départ. Nous admirons un dernier levé de soleil sur le lac Inlé et prennons le chemin de l'Aéroport. L'heure du retour vers Paris a sonné... et je serais bientôt dans tes bras mon J*.

Lumières de l'aube sur le Lac Inlé :




Mes peintures inspirées du voyage en Birmanie


Matin à Pindaya




Le batelier de l'Irrawaddy




Les pêcheurs du lac






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Le combat de Aung San Suu Kyi
pour la démocratisation de son pays :


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1995. « Nuit de Juin, dix sept ans, on se laisse griser ; Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! » (Rimbaud). C’était la fête du cinéma, nous venions de finir de passer les oraux du bac de Français. En sortant de la salle obscure, nous sommes tous restés un long moment sans voix ; encore sur le choc du film poignant et magnifique que nous venions de voir : BEYOND RANGOON. L’histoire d’une jeune médecin (interprétée par Patricia Arquette) repliée sur sa douleur depuis le meurtre de son mari et de sa fille, et qui retrouve un sens a sa vie lors d'un voyage en Birmanie. Elle y fera un long et dangereux périple initiatique à travers un pays déchiré par la guerre civile et la terrible répression de la junte contre l’opposition démocratique pacifiste. Ce devait être l’une des premières fois que j’entendais parler de la Birmanie. C’était il y a douze ans maintenant, époque d’insouciance lycéenne. Cela me semble si loin maintenant tant il s’en est passé des choses depuis. Douze ans… Et cela fait maintenant douze ans que Aung San Suu Kyi la chef de fil de l’opposition démocratique en Birmanie, a été privée de ses libertés et assignée à résidence dans des conditions très dures.



Ce souvenir lointain m’est revenu alors que mon regard s'arrête sur un portait en noir et blanc fixé derrière le comptoir du petit restaurant où nous nous sommes arrêtés pour le déjeuner. Le portait du père de Aung San Suu Kyi, héros national et martyr qui joua un rôle décisif dans l’accession de la Birmanie à l’indépendance en 1947.

« La vérité, la justice et la compassion sont souvent les seules défenses contre le pouvoir impitoyable » Aung San Suu Kyi

Prix Nobel de la Paix 1991, Aung San Suu Kyi a été emprisonnée, puis libérée, mais toujours sous surveillance, elle continue d’être réduite au silence par la junte militaire au pouvoir en Birmanie. La prix Nobel de la paix totalise une douzaine d’années de privation de liberté depuis qu’elle a entamé son combat en faveur de la démocratie, en 1988. Elle vit dans un quasi-isolement. « Des soldats armés postés derrière une barricade de barbelés détournent chaque visiteur à l’entrée de chacune des rues qui conduisent chez elle, déclare l’organisation Info-Birmanie. Le régime maintient sa ligne téléphonique coupée. » Personne ne peut plus communiquer avec elle depuis le 30 mai 2003. À cette date, la junte militaire a tenté de l’assassiner lors de l’attaque de son convoi à Depayin, qui a fait plus de 100 morts. La secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie a été arrêtée et détenue au secret soi-disant « pour assurer sa sécurité ». Elle est réapparue quatre mois plus tard pour une opération chirurgicale. Mais tout contact avec ses amis est rompu. « Le Conseil d’État pour la paix et le développement [SPDC] s’acharne depuis quinze ans à isoler Aung San Suu Kyi. Les généraux veulent que le monde l’oublie », estime Info-Birmanie. « Elle représente la menace principale au régime militaire, et les craintes pour sa sécurité redoublent depuis l’interdiction de visite hebdomadaire infligée à son médecin personnel et les attentats du 7 mai 2005 ». Voici une courte biographie de cette femme courageuse.

« Fille du leader de la libération Aung San (assassiné en 1947), Suu Kyi est née à Rangoon en 1945, juste avant que la Birmanie ne se libère de la tutelle colonisatrice de la Grande-Bretagne. Sa mère est diplomate et Suu Kyi est élevée en Inde et en Grande-Bretagne. Elle fait des études de philosophie, d’économie et de sciences politiques à Oxford. Elle poursuit une carrière académique jusqu’à ce qu’elle rentre en Birmanie, en 1988, pour soigner sa mère malade. En juillet 1988, le général Ne Win, à la tête d’une junte militaire depuis 1962, est obligé de démissionner. Les troubles qui suivent cet événement sont brutalement réprimés par l’armée. Influencée par la philosophie et les idées du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, Suu Kyi et ses amis politiques fondent, en 1988, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Son engagement, non violent, en faveur de la mise en place d’un régime démocratique lui vaut un grand succès auprès de la population. Ce succès va amener, en 1989, la junte militaire au pouvoir à assigner Suu Kyi à domicile afin de diminuer son influence, mais cette mesure ne va pas empêcher la LND de remporter presque 80% des sièges lors des élections de 1990. Les militaires au pouvoir vont refuser le résultat démocratique sorti des urnes et vont au contraire augmenter la répression et les persécutions vis-à-vis de l’opposition et des minorités ethniques. Malgré cela, Suu Kyi, appelée « la Dame », continue de résister ». Elle a reçu le Prix Nobel de la Paix 1991. ***

j'ai été très ému par le témoignage bouleversant de U Thien Tan, célèbre journaliste et libraire de Mandalay libéré le 3 janvier 2005 de la prison de Thayet (nord de Rangoon). Il avait été arrêté et condamné, en 1990, à dix ans de prison pour avoir écrit des articles sur la mort de quatre manifestants. Il aurait dû être libéré en décembre 2000, mais les autorités lui avaient infligé une peine supplémentaire dont la durée n’avait jamais été révélée. Aujourd’hui âgé de 74 ans, il raconte les sévices dont il a été victime.

"J’étais triste du matin au soir, avec toutes les atrocités que je voyais. Je serais incapable de décrire les insultes et les passages à tabac auxquels j’ai assisté. C’était l’horreur ! Ils utilisaient n’importe quoi pour frapper les prisonniers : il n’y avait aucun règlement là-dessus. Certains recevaient des coups de bâton. D’autres étaient frappés avec des bambous. D’autres encore recevaient des coups de matraque. C’était impossible d’y échapper. Par exemple, quand on nous a conduits à Thayet, on nous a dit de baisser la tête et on nous a tapés dessus avec des bâtons. Quand nous sommes arrivés à la prison, on nous a ordonné de ne pas relever la tête et on nous a immédiatement frappés. Puis, une fois à l’intérieur, on nous a encore battu en nous disant : « Bienvenue à la prison de Thayet ! » Ensuite, deux prisonniers ont été frappés dans leurs cellules et cinq autres placés dans des positions humiliantes. Ils ne nous ont pas autorisés à prendre de douche pendant une semaine entière. Lorsque nous avons enfin pu nous laver, nous nous sommes rendu compte que chacun d’entre nous portait entre vingt et quarante traces de coups sur le dos.

Etre le témoin de toutes ces exactions m’a vraiment bouleversé. J’étais pétrifié. Nous avons d’abord été tous rassemblés dans une cage en fer. En y repensant, je me sens encore mal. Puis nous nous sommes retrouvés à cinq dans la même cellule. A l’époque, j’avais très envie de lire, mais c’était interdit. Comme je ne fume pas, je trempais les mégots des autres dans l’eau, puis je collais le papier à cigarette sur le mur pour lire ce qui était écrit dessus. Des livres, de toute façon, il valait mieux ne pas en voir la couleur. Lire les journaux que nos proches utilisaient pour emballer les vivres qu’ils nous apportaient lors des visites était perçu comme un crime. La punition ? Interdiction d’aller aux toilettes ou de prendre une douche. C’était terrible ! La junte doit libérer les membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), mais aussi les membres des autres partis politiques, les étudiants, les nombreuses personnes âgées qui sont encore en prison, et tous ceux qui sont détenus pour leurs idées politiques ou leurs croyances religieuses. J’ai pu voir de mes propres yeux qu’un grand nombre de jeunes sont en prison. Certains ont tout juste 19 ans et sont condamnés à 29 ans de détention. Cela me blesse au plus profond du cœur."

Propos recueillis en janvier 2005 par la radio Democratic Voice of Burma

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